La team Métamorphose est allée à la rencontre des créateurs de notre célèbre défilé annuel qui ont créé ou choisi leurs créations autour du thème “Extravaganza”. Nous avons eu la chance de pouvoir rencontrer Cassandra Le Maistre et Sofien Abed, qui nous ont accordé une interview.
CASSANDRA LE MAISTRE


Cassandra (à gauche) avec le mannequin Heidi Lushtaku (à droite)
Bonjour Cassandra. Nous avons la chance de vous compter parmi nous pour la première fois lors de le défilé créateurs de cette année. Comme vous le savez, le thème de ce défilé est « Extravaganza ».
Pouvez-vous nous dire ce que vous évoque ce thème ?
J’ai tout d’abord pensé à tout ce qui est extravagant. Pour moi, ce thème fait écho à ce qui est décalé, à quelque chose d’osé mais aussi à ce qui sort de l’ordinaire …
Et donc, quelles sont les pièces que vous avez choisies de présenter cette année ?
J’ai décidé de faire un mix de mes deux collections. J’ai choisi des pièces qui sont assez travaillées, « mode », plutôt habillées avec des détails métallisés pour rappeler le thème. Mais j’alterne aussi mes looks avec des tenues plus basiques pour contraster avec des pièces qui sont plus poussées.
Nous sommes curieux : comment vous préparez-vous à l’approche d’un défilé ?
C’est toute une question d’organisation. Il faut réfléchir en amont à l’ordre de passage des tenues, au choix du maquillage, des coiffures… Le rendu doit être esthétique. Mais, à mon sens, il faut être absolument organisée, parce que le métier de créateur est très prenant, et j’ai eu très peu de temps pour me préparer au défilé. Aussi, j’essaie de relâcher la pression, mais le stress monte au moment des essayages. Mais il n’y a pas de soucis quand les mannequins sont bien briefés.
Nos lecteurs sont curieux d’en apprendre plus sur vous, votre style, votre univers. Nous voulions savoir : quand et comment avez vous pensé à exercer le métier de créateur ?
C’est assez récent, contrairement à ce qu’on pourrait penser. Avant, j’avais une mauvaise image du métier, et je ne pensais pas alors devenir créatrice. Mais, ma première passion, c’est le dessin et je voulais absolument en faire dans ma vie. Cependant, je suis quelqu’un d’assez réaliste, et je savais que le métier de peintre n’était pas fait pour moi. Je suis partie du principe que je pouvais toujours imprimer des motifs sur textile, et en partant de cette idée, je suis allée dans beaucoup de forums de mode. Je me suis rendue compte que j’aimais l’univers de la mode. J’ai particulièrement été surprise par le côté collectif de la mode, et cela a totalement changé ma vision de la mode. Petit à petit, le métier de créateur est devenu ma passion.
Par exemple, décrivez-nous votre routine. En quoi consiste le métier de créateur ? Dites en nous plus.
Justement je ne trouve pas qu’il y ait de routine, et j’en suis très contente, car j’ai horreur de la routine (rires). Tous les jours sont différents. Il y a des jours où on fait beaucoup de travaux administratifs, c’est-à-dire appeler les fournisseurs pour négocier avec eux, gérer la communication… Mais au-delà de cela, dans mes journées « création », l’inspiration ne vient pas comme ça, donc, en général, j’étudie les tendances. Mais après il se peut qu’une idée m’apparaisse dans la nuit, et je travaille immédiatement dessus. Je ne peux pas prendre le risque de perdre une idée. L’inspiration est un phénomène aléatoire : il y a des jours où je me mets à mon bureau et je me décide à créer des pièces, mais l’idée ne vient pas; et il y a des jours très riches où les idées fusent. C’est très aléatoire.
En quelques mots, comment définissez-vous le style de vos créations ? Je dirais : chic, épuré, assez futuriste et graphique.



De quoi vous inspirez-vous pour réaliser vos créations ?
Cela dépend. Avant chaque collection, je définis un thème, mais je ne le choisis pas au hasard. J’analyse les tendances actuelles, et je dégage souvent plusieurs axes de réflexion qui m’aident à définir le thème de ma future collection, en choisissant les axes qui me plaisent le plus. Après avoir défini le thème, ce qui peut être frustrant c’est que je peux être tentée d’utiliser certains tissus que je trouve particulièrement beaux. Cependant, je ne peux pas forcément les choisir, parce que leur rendu ne « collera » pas assez au thème, et à l’esprit de ma collection. Je me dois de rester cohérente dans mes choix pour éviter de perdre le fil conducteur de la collection.
Vous avez remporté le 1er prix du Cannes International Trophy. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce prix, ainsi que sur l’expérience que cela vous a apportée ?
Au départ, je ne connaissais pas ce prix. Le concept est surprenant, et je vais vous expliquer en quelques mots de quoi il s’agit. En arrivant à Cannes, j’ai participé à l’ouverture d’un pop up store pendant quatre jours pour le festival. Nous étions plusieurs créateurs à exposer nos collections. Le dernier jour, nous avons présenté nos collections lors d’un défilé. Et nous ne savions pas que les organisateurs de l’événement distribuaient des prix à la fin du défilé. Et j’ai eu la chance d’être sélectionnée pour le premier prix. Ce fut un honneur pour moi d’être récompensée, d’autant plus que j’avais lancé ma première collection trois mois auparavant. J’ai ainsi tout de suite eu de belles opportunités. Cela a été le moyen pour moi d’avoir une photo de l’une de mes pièces dans le magazine de mode Gala Croisette. C’était une très belle expérience !
D’une manière plus générale, qu’est ce que la mode représente pour vous ?
Pour moi, la mode est avant tout un travail collectif. Il est vrai qu’au départ, il s’agit d’un travail un peu solitaire surtout quand nous sommes dans la recherche d’idées pour réaliser le design de la création. Mais au moment de la confection, on comprend l’aspect collectif de la mode. Chaque personne apporte sa pierre à l’édifice, en l’occurrence la création ici. Je suis toujours époustouflée par le passage d’un croquis à une pièce en 3D. J’adore la satisfaction que me procure la confection de mes pièces. J’adore les voir prendre vie. Parfois, le rendu est différent de ce que j’attendais, mais on peut être surpris. Et, de plus, la mode est loin d’être milieu superficiel. J’ai rencontré des personnes avec du savoir-faire, un vrai talent depuis que je me suis lancée dans cette aventure. À titre personnel, j’adore voyager, je suis une personne ouverte d’esprit, et je retrouve cet esprit dans la mode. Et puis, la mode est un domaine très vaste et plutôt transverse. Elle ouvre la porte à plusieurs univers, un diversité de points de vue, de techniques au travers des interprétations de chaque designer.
Avez-vous un message à transmettre dans vos créations?
Oui, j’ai bel et bien un message à transmettre dans mes créations. Au départ, je n’en été pas forcément consciente. Après mûre réflexion, il est vrai que mes créations mettent à l’honneur la féminité. J’ai en tête une femme active, très « working girl ». Selon moi, mes créations font écho à une femme qui inspire la puissance, à une femme confiante et qui connait sa valeur. Je pense à des femmes indépendantes, qui savent être féminines. D’une manière inconsciente, on retrouve cette idée dans les noms que je donne à mes pièces. C’est vrai que dans ma personnalité, je suis quelqu’un qui cherche à défendre les femmes, même si je ne me définis pas comme une féministe à proprement parler. Mais je cherche à mettre en valeur les femmes du mieux que je peux, pour leur donner la place qu’elles méritent.
Pourquoi êtes-vous attachée au “made in France” et aux matières éco-responsables ?
Quand j’ai fait mes études de stylisme, j’ai découvert l’envers du décor de la mode, et on nous a sensibilisés à ses effets néfastes. Je ne voulais pas continuer à contribuer à ces problématiques tragiques de la mode. Ce qui me plaisait alors c’était la création. Depuis toute petite, je voulais créer mon entreprise, et je comprends mieux pourquoi maintenant. Mon entreprise est à mon image, respecte mes valeurs et je ne veux absolument pas contribuer à l’image négative que peut avoir la mode. J’aurais pu faire le choix de produire dans certains ateliers qui produisent à bas coûts, et réaliser une marge plus importante. Mais cela ne correspond pas à mes valeurs, d’autant plus que ma marque est à mon nom et représente mes idéaux. Je ne voulais pas les transgresser.
Pour clore cet interview, nous avons réservé deux questions plus « fun ».
Premièrement, si vous ne deviez garder qu’une seule et unique pièce de votre collection, quelle serait votre pièce signature ?
Ma pièce signature n’est pas disponible à la vente, parce que c’est la pièce à partir de laquelle tout a commencé. Je l’appelle la robe « Pi ». Elle est très graphique, et argentée. En réalité, il s’agit de mon projet de fin d’études de stylisme. Je la garde en souvenir.

Pour finir, quel est votre icône mode ?
J’adore particulièrement Olivier Rousteing, le directeur artistique de Balmain. Il est si jeune et si talentueux. J’aime particulièrement son style. Il fait de tout. Son style est clivant : certaines personnes ont du mal à apprécier son travail, mais je fais partie de ceux qui l’admirent. Pour moi, il arrive à trouver un équilibre entre des pièces assez chargées et travaillées et des pièces plus sobres. Le rendu est magnifique.
SOFIEN ABED
Comment définiriez-vous la mode en quelques mots ?
Pour moi, la mode est un véritable moyen d’expression en 3D. C’est quelque chose qui sensibilise les masses, qui fait passer des messages. La mode fait participer le public à une histoire, elle réunit et elle divise. C’est aussi un marquage fort de la personnalité, un moyen de montrer son groupe d’appartenance.
Quelles sont vos inspirations ?
Je dirais que c’est une combinaison entre la musique rock, le glam rock des années 80, et la peinture (que ce soit la peinture flamande ou celle de la Renaissance). J’aime utiliser les références historiques ou bibliographiques pour les actualiser et faire renaître des périodes et des habits d’antan.
Quels sont vos créateurs préférés ?
J’aime beaucoup Raf Simon, pour son côté radical et underground mais aussi pour ses références à la jeunesse punk. Il y a aussi Margiela que j’admire pour la manière dont il détourne les objets en vêtements. Enfin, il y a Alexander McQueen qui était très observateur et analyste de la société ; il montrait des reflets sombres mais réalistes (la drogue, le pessimisme…)
Comment décririez-vous votre style en 3 mots ?
Mystérieux, artisanal et rock.
Quelle est la personne que vous rêveriez d’habiller et pourquoi ?
Robert Alphonse. C’est une personnalité forte et affirmée, en phase avec son époque.
Quels sont vos indispensables mode ?
Mes deux indispensables mode sont : une veste tailleur pour son côté structuré et une sacoche. J’apprécie la sacoche, certes, pour son côté pratique, mais aussi parce qu’elle permet d’affirmer son propre style à travers la personnalisation.
Que vous évoque le thème « extravaganza » ?
L’Italie, la festivité et en même temps les formes, l’abondance, la profusion.
Quelles sont les créations que vous avez choisies de présenter pour ce défilé ?
J’ai décidé de présenter deux bustes notamment pour leur côté massif et démonstratif qui correspond justement à ce critère d’extravagance.
Quelle est votre création préférée de ce défilé ?
La veste confettis. D’ailleurs, cela pourrait déboucher sur une nouvelle collection, éventuellement inspirée en partie de cette pièce…
Pauline Aurenche & Louise Morin





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