Au milieu des années 1950, Christian Dior engage comme assistant un Oranais à peine sorti de l’adolescence. Le goût et la technique d’Yves Saint Laurent sont impressionnants, ce jeune premier dessine rapidement une part importante des modèles que la maison présente dans ses collections… Et c’est tout naturellement que Christian Dior le désigne comme son successeur. À la mort du couturier en 1957, la prophétie se réalise et Yves Saint Laurent prend la direction artistique de la maison du 30 avenue Montaigne : il rajeunit et donne un nouveau souffle à cette vénérable Maison. Le succès est là, le Tout Paris et la presse sont unanimes à son propos. Le « petit prince de la couture » comme on le surnomme va poursuivre sur cette voix en fondant sa propre maison en 1961. A la même période, une jeune actrice monte. Catherine Deneuve commence à gagner en notoriété : au début des années 60, elle tourne avec Chabrol, Demy…

Catherine Deneuve dans sa première robe Saint Laurent
En 1966, l’actrice apprend qu’elle va être présentée à la reine d’Angleterre : elle a donc besoin d’une robe en conséquence. Elle se présente alors chez Yves Saint Laurent, rue Spontini, munie de la photographie d’un modèle de la collection passée : une robe blanche assez simple au plastron rouge brodé. Voilà la toute première pièce Saint Laurent de Catherine Deneuve, la pièce marquant le début d’une collaboration et d’une amitié qui traversera les décennies.
Les choses s’enchaînent, cette même année Yves Saint Laurent lance sa collection de prêt-à-porter vendue dans sa boutique Rive Gauche. Catherine Deneuve est présente lors de l’inauguration, vêtue du fameux Smoking né quelques mois plus tôt. C’est elle la première égérie de cette collection: sa silhouette figure dans les vitrines et elle pose dans la presse vêtue de la marque… elle incarne cette femme Saint Laurent libre, émancipée, insoumise comme la souhaitait Yves. Elle est une de ces femmes dans l’air du temps, une de ces femmes « sorties des harems, des châteaux et même des banlieues, elles courent les rues, les métros, les Prisunic, la Bourse » comme l’écrit Marguerite Duras.
1967 est l’année d’une seconde collaboration marquante qui reste dans les esprits : l’actrice joue dans Belle de Jour de Luis Buñuel. Pour la conception de ses costumes, elle propose le couturier. Le résultat est sobre, élégant, avec une touche de provocation (pour l’époque), soit la quintessence du style Saint Laurent. Catherine Deneuve dira même que les costumes de Saint Laurent ont largement contribué à l’attitude et au style du personnage qu’elle joue : libre, se jouant des conventions sociales.
Les années passent et Catherine est une fidèle du couturier : il l’habille pour plusieurs de ses films comme Un Flic (1972) ou les Prédateurs (1983), c’est une habituée des défilés et il l’habille à la ville comme à la scène. On peut par exemple voir un essayage de Catherine Deneuve chez Saint Laurent dans le documentaire Yves Saint Laurent, 5 avenue Marceau, 75116 Paris de David Teboul (peut-être reverrons-nous un des ensembles essayés en janvier…).
Catherine Deneuve devient au même titre que Betty Catroux ou Loulou de la Falaise une muse Saint Laurent. Mais plus qu’une simple ambassadrice, c’est une amie, une confidente du couturier. C’est un duo complice qui traverse les décennies, il l’appelle « Catherine, ma douceur », elle partage avec lui sa mélancolie légendaire.
Une des plus belles images de cette amitié indéfectible est peut-être Catherine Deneuve clôturant le dernier défilé d’Yves Saint Laurent au musée Pompidou, habillée d’un smoking, chantant « ma plus belle histoire d’amour »…
Cette relation a perduré jusqu’à la disparition du couturier en 2008 et se poursuit aujourd’hui encore : elle était présente lors de l’inauguration du Musée Yves Saint Laurent à Marrakech et l’actrice ne manque jamais un défilé de la Maison par Anthony Vaccarello… nous rappelant ainsi tous les six mois cette amitié forte et probablement la plus belle collaboration, la plus sincère et la plus passionnelle du monde de la mode.
Emilien Majourel

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